Enquete preliminaire : Cass. crim., 14 avril 2026, n° 25-87.000
Mots-clés
- Enquete preliminaire
- Ministère public
- Pouvoirs
- Désignation d'une personne qualifiée
- Constatations ou examens techniques
- Mission
- Etendue
- Limites
- Nullité d'ordre public
- Questions à la personne placée en garde à vue
- Sanction
- Code de procédure pénale, article 63-4-3
- Code de procédure pénale, article 802
- Code de procédure pénale, article 77-1
- Formation restreinte
- Cassation
Fiche de l’arrêt
- Juridiction
- Cour de cassation
- Formation
- Formation restreinte
- Date
- Pourvoi
- 25-87.000
- ECLI
- ECLI:
FR: CCASS: 2026: CR00499 - Publication
- Publié au Bulletin
- Solution
- Cassation
Référence
Cass. crim., 14 avr. 2026, n° 25-87.000, publié au Bulletin
Questions traitées
De quoi traite cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation ?
Enquete preliminaire ; Ministère public ; Pouvoirs ; Désignation d'une personne qualifiée ; Constatations ou examens techniques ; Mission ; Etendue ; Limites ; Nullité d'ordre public ; Questions à la personne placée en garde à vue ; Sanction
Que retient le sommaire officiel de cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation ?
Méconnait l'article 63-4-3 du code de procédure pénale et délègue des pouvoirs relevant de sa seule compétence l'officier de police judiciaire qui accepte que des personnes qualifiées, requises par le procureur de la République en application de l'article 77-1 dudit code, désignées seulement pour assister aux auditions, posent directement des questions à la personne placée en garde à vue.
Quelle est la solution de cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation ?
Cassation
Que décide la chambre criminelle de la Cour de cassation dans son dispositif ?
PAR CES MOTIFS, la Cour :
CASSE et ANNULE l'arrêt susvisé de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, en date du 2 octobre 2025, mais en ses seules dispositions relatives aux auditions de M. [Z] en garde à vue réalisées en présence des trois personnes qualifiées (D123, D124, D128, D129), toutes autres dispositions étant expressément maintenues ;
Et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi, dans les limites de la cassation ainsi prononcée,
RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement annulé ;
Quels textes cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation cite-t-il ?
Quelle juridiction a rendu cet arrêt, et quand ?
La chambre criminelle de la Cour de cassation, le 14 avril 2026.
Cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation est-il publié au Bulletin ?
Publié au Bulletin
Quels sont le numéro de pourvoi et l’identifiant européen de la jurisprudence (ECLI) de cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation ?
Pourvoi n° 25-87.000
ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:CR00499
Quelle formation de la chambre criminelle de la Cour de cassation a statué ?
Formation restreinte
Où lire cet arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation sur le site officiel ?
Sur le site de la Cour de cassation (Judilibre) : https://www.courdecassation.fr/decision/69e07be6cdc6046d476a353e.
Titrage officiel
enquete preliminaire
ministère public
pouvoirs
désignation d'une personne qualifiée
constatations ou examens techniques
mission
etendue
limites
nullité d'ordre public
questions à la personne placée en garde à vue
sanction
Sommaire officiel
Méconnait l'article 63-4-3 du code de procédure pénale et délègue des pouvoirs relevant de sa seule compétence l'officier de police judiciaire qui accepte que des personnes qualifiées, requises par le procureur de la République en application de l'article 77-1 dudit code, désignées seulement pour assister aux auditions, posent directement des questions à la personne placée en garde à vue.
La méconnaissance des dispositions susvisées, qui relèvent d'une bonne administration de la justice, constitue une nullité d'ordre public à laquelle les dispositions de l'article 802 du code de procédure pénale sont étrangères
Textes cités
- Code de procédure pénale, article 63-4-3 · sur ce site
- Code de procédure pénale, article 802 · sur ce site
- Code de procédure pénale, article 77-1 · sur ce site
- Code de procédure pénale, article 567-1-1 · sur ce site
- Code de procédure pénale, article 593 · sur ce site
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Texte intégral
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1N° H 25-87.000 F-B
2N° 00499
3ODVS
414 AVRIL 2026
5CASSATION
6M. BONNAL président,
7R É P U B L I Q U E F R A N Ç A I S E
8________________________________________
9AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
10_________________________
11ARRÊT DE LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE,
12DU 14 AVRIL 2026
13M. [R] [Z] a formé un pourvoi contre l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, en date du 2 octobre 2025, qui, dans l'information suivie contre lui des chefs d'homicide involontaire et omission de porter secours, a prononcé sur sa demande d'annulation de pièces de la procédure.
14Par ordonnance du 17 novembre 2025, le président de la chambre criminelle a prescrit l'examen immédiat du pourvoi.
15Un mémoire a été produit.
16Sur le rapport de M. Azéma, conseiller, les observations de la SELAS Waquet, Farge, Hazan et Féliers, avocat de M. [R] [Z], et les conclusions de M. Quintard, avocat général, après débats en l'audience publique du 17 mars 2026 où étaient présents M. Bonnal, président, M. Azéma, conseiller rapporteur, Mme Labrousse, conseillère de la chambre, et Mme Dang Van Sung, greffière de chambre,
17la chambre criminelle de la Cour de cassation, composée en application de l'article 567-1-1 du code de procédure pénale, des président et conseillers précités, après en avoir délibéré conformément à la loi, a rendu le présent arrêt.
18Faits et procédure
191. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces soumises à l'examen de la Cour de cassation ce qui suit.
202. M. [R] [Z] a été mis en examen des chefs susvisés le 6 juin 2024.
213. Le 6 août suivant, il a saisi la chambre de l'instruction de deux requêtes en annulation d'actes de la procédure.
22Enoncé du moyen
234. Le moyen critique l'arrêt attaqué en ce qu'il a rejeté les demandes en nullité, a dit que la procédure était régulière jusqu'aux cotes D247, Ca13, Cb1, Cc3, Ba1, Bb1, Bc2 et A23 incluses, et a déclaré irrecevable la demande de mainlevée du contrôle judiciaire de M. [Z], alors :
24« 1°/ que si le procureur de la République ou, sur autorisation de celui-ci, l'officier ou l'agent de police judiciaire, ou sous leur contrôle l'assistant d'enquête, peuvent se faire assister au cours de l'enquête préliminaire par toutes personnes qualifiées, ils ne peuvent cependant déléguer à celles-ci des pouvoirs relevant de leur seule compétence ; que le placement en garde à vue et la direction de cette mesure pour toute sa durée sont des pouvoirs propres de l'officier de police judiciaire, qui ne peuvent faire l'objet d'aucune délégation ; il ressort des quatre procès-verbaux d'audition de M. [Z], pièces de la procédure dont la Cour de cassation a le contrôle, que sous couvert d'une mission de réalisation d'un examen médico-légal pour laquelle ils pouvaient assister aux auditions du gardé à vue, les trois experts ont en réalité eux-mêmes posé 48 questions à M. [Z], sur un total de 151, assurant ainsi de fait la direction des auditions et l'orientation des investigations ; en refusant d'annuler ces procès-verbaux dont il ressortait que l'officier de police judiciaire avait abandonné ses pouvoirs d'investigation et de direction de la garde à vue, la chambre de l'instruction a violé l'article 77-1 du code de procédure pénale ;
252°/ que la personne qualifiée n'intervient au cours de l'enquête préliminaire que dans les limites de la mission qui lui a été confiée par le procureur de la République ou, sur autorisation de celui-ci, par l'officier ou l'agent de police judiciaire, ou sous leur contrôle par l'assistant d'enquête ; excède en conséquence sa mission la personne qualifiée qui procède elle-même à l'interrogatoire de la personne gardée à vue en l'absence de toute réquisition ou autorisation en ce sens ; en jugeant au contraire qu'aucun texte ou principe ne s'oppose à ce que des experts désignés par le procureur de la République participent aux auditions de garde à vue d'un mis en cause, la chambre de l'instruction a violé l'article 77-1 du code de procédure pénale ;
263°/ qu'il ressort des réquisitions du procureur de la République du 19 mars 2024 que les trois experts, aux fins de réaliser un examen médicolégal, avaient notamment pour mission de prendre connaissance de la plainte et le cas échéant de tous documents qui pourraient être adjoints à la procédure ainsi que de toutes auditions qui pourraient être réalisées, étant précisé concernant ces auditions qu'ils pourraient notamment et le cas échéant y assister ; en jugeant que les experts n'avaient pas, en participant activement aux auditions et en interrogeant eux-mêmes M. [Z], excédé les limites de leur mission, la chambre de l'instruction a statué en contradiction avec les pièces de la procédure, en violation de l'article 593 du code de procédure pénale ;
274°/ que les dispositions de l'article 77-1 du code de procédure pénale, qui touchent à la compétence, sont édictées dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice et leur méconnaissance est constitutive d'une nullité d'ordre public à laquelle les dispositions de l'article 802 sont étrangères ; l'arrêt attaqué retient que M. [Z] n'a formulé aucune observation ou opposition à la participation des experts, n'a pas tenu de propos incriminant, et qu'aucune atteinte à ses intérêts n'est démontrée ; en rejetant ainsi le moyen de nullité au motif que M. [Z] n'aurait subi aucun grief, la chambre de l'instruction a violé l'article 802 du code de procédure pénale. »
28Réponse de la Cour
29Vu les articles 63-4-3 et 77-1 du code de procédure pénale :
305. Selon le premier de ces textes, au cours d'une garde à vue, l'audition ou la confrontation est menée sous la direction de l'officier ou de l'agent de police judiciaire.
316. Il résulte du second que le procureur de la République peut, dans le cadre de l'enquête préliminaire, requérir toute personne qualifiée pour procéder à des constatations ou des examens techniques ou scientifiques, notamment pour assister les enquêteurs lors d'auditions réalisées sous le régime de la garde à vue, dans les limites de la mission confiée.
327. Pour dire régulières les auditions de M. [Z] réalisées au cours de sa garde à vue conjointement par les enquêteurs et les experts au cours de sa garde à vue, l'arrêt attaqué énonce que la simple circonstance, pour l'expert, de déférer à une réquisition judiciaire en assistant à une audition et en suggérant aux enquêteurs des questions relevant de sa spécialité ne saurait constituer un motif légitime de suspecter une partialité dans la réalisation de la mission d'examen technique.
338. Les juges relèvent qu'aucun texte ne s'oppose à ce que les experts désignés par le procureur de la République, qui sont soumis au secret professionnel, participent aux auditions d'une personne mise en cause lors de sa garde à vue.
349. Ils retiennent que, dès lors que la réquisition du procureur de la République autorisait les experts à assister à ces auditions, ils n'ont en aucun cas excédé la mission d'ordre technique qui leur avait été confiée.
3510. Ils soulignent que ni M. [Z] ni son avocat n'ont formulé d'objection à la présence des experts lors de la garde à vue et que l'intéressé, en premier lieu, a choisi de répondre aux questions alors qu'il était avisé de son droit de garder le silence, en deuxième lieu, n'a tenu aucun propos incriminant en réponse à ces questions et, en troisième lieu, a maintenu sa position devant le juge d'instruction.
3611. Ils ajoutent que celui-ci aura toute possibilité de discuter l'avis des experts dès lors que le juge d'instruction a fait droit à sa demande de contre-expertise.
3712. En statuant ainsi, la chambre de l'instruction a méconnu les textes susvisés et les principes ci-dessus rappelés pour les motifs qui suivent.
3813. En premier lieu, en acceptant que des personnes qualifiées, désignées seulement pour assister aux auditions, posent directement des questions à la personne placée en garde à vue, l'officier de police judiciaire a délégué des pouvoirs relevant de sa seule compétence.
3914. En second lieu, la méconnaissance des dispositions susvisées, qui relèvent d'une bonne administration de la justice, constitue une nullité d'ordre public à laquelle les dispositions de l'article 802 du code de procédure pénale sont étrangères.
4015. La cassation est par conséquent encourue.
41PAR CES MOTIFS, la Cour :
42CASSE et ANNULE l'arrêt susvisé de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, en date du 2 octobre 2025, mais en ses seules dispositions relatives aux auditions de M. [Z] en garde à vue réalisées en présence des trois personnes qualifiées (D123, D124, D128, D129), toutes autres dispositions étant expressément maintenues ;
43Et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi, dans les limites de la cassation ainsi prononcée,
44RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
45ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement annulé ;
46Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du quatorze avril deux mille vingt-six.
Source
Texte et métadonnées officiels de la Cour de cassation (Judilibre), diffusés sous Licence Ouverte, reproduits sans résumé ni commentaire. Lire la décision sur le site officiel.
Les questions reprennent les champs officiels de l’arrêt ; les pastilles de mots-clés reprennent le titrage officiel, les articles cités, la formation et la solution.
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